Olivier Middleton, médecin directeur du service municipal d’hygiène et de la santé de Tremblay (France)

Publié le par senesports.over-blog.com

« Le dopage peut entraîner la mort précoce et le cancer »

 

Ancien nageur de l’équipe de France des années 70, médecin aujourd’hui, Olivier Middleton était il ya de cela quelques semaines au Centre international d’athlétisme de Dakar (Ciad) pour entretenir les athlètes sur les dispositions antidoping de l’Agence  mondiale antidopage (Ama). Il revient ici sur les enjeux et conséquences de ce phénomène qui a infecté le sport.

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M. Middleton, quelles sont les conséquences du dopage sur la carrière du sportif ?

Ce qu’on peut dire par rapport aux produits dopants, c’est que, un, ils ont une efficacité que nul ne contester. On ne peut pas le nier et dire que ça ne sert à rien. C’est faux de l’affirmer. Mais ils ont de grands dangers pour la santé. Et on le voit bien à travers le devenir de certains sportifs de haut niveau avec des décès précoces et des pathologies qui démontrent bien tous les méfaits du dopage dans le sport et en règle général d’ailleurs.

 

Par rapport ça, on voit dans le milieu  de la lutte au Sénégal des lutteurs qui dans un laps de temps gagne des dizaines de kilos. Comment l’expliquez-vous ?

C’est un phénomène que je ne connais pas trop. J’ai découvert la lutte sénégalaise à travers les images de télévision. Mais j’ai effectivement vu des athlètes qui m’allaient l’air assez baraqués. C’est vrai qu’une prise de poids aussi rapide que vous l’expliquez sous attend qu’il y a la prise de produit notamment, des stéroïde anabolisant, voire de l’harmone de croissance qui sont des produits efficace il faut le dire. Parce qu’ils entraînent le développement de la masse musculaire, développent la force et la puissance. Cependant, ils présentent de forts risques sur la santé, avec notamment un certains nombre de cancers qui peuvent se développer dans les années ultérieures. Si les athlètes s’adonnent à de telles pratiques, ils mettent leur santé en danger. Et on peut craindre pour eux des décès précoces avec tout ce que cela veut dire en termes sociales et de vie, mais aussi de reconversion. Parce qu’on ne peut pas rester tout le temps au plus haut de l’affiche. Et à ce que je sache, on est retraité relativement jeune. Si tel est le cas, il y a une seconde vie à construire. Si on n’est pas en bonne santé, ou si on a des problèmes qui peuvent à la fois être de l’ordre du psychisme comme du physique, c’est difficile de construire une deuxième vie. Et je pense que la deuxième vie après la pratique sportive intensive mérite d’être vécu et peut être plus belle que la première.


Au regard du tableau que vous avez peint, est-ce que les politiques appliquées aujourd’hui dans la lutte contre le dopage sont-elles efficace à votre avis ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que les politiques déployées aujourd’hui dans la lutte contre le dopage sont surtout concentrées sur la lutte contre le phénomène à travers les contrôles antidopage qui touchent les athlètes. Il y a aussi la lutte contre les trafique qui est aussi un vrai problème. En fait, il faut noter qu’il y a des trafiquants de produits dopants qui sont assimilés à peu près comme les trafiquants de drogues.  Donc, vous voyez bien que c’est la répression qui est privilégiée. Mais pour ce qui est de la prévention, les moyens sont très faibles. Et c’est un peu la lutte du pot de terre contre le pot de fer. C’est très insuffisant  malgré les efforts qui sont progressifs. Nous sommes dans un désert par rapport à cette question de la prévention.


Que préconisez-vous comme solutions ?

Je crois que la solution réside dans la formation, notamment des entraîneurs. La réponse est dans l’éducation sportive. C'est-à-dire inculquer un certains nombres de valeurs aux sportifs. Pour cela, il faut d’abord que les encadreurs, en tant qu’adultes responsables de jeunes sportifs soit des exemples. Je crois que notre comportement en tant qu’adulte doit servir d’exemple pour ces jeunes. Et à partir de ce moment, si on s’intéresse à ce qu’ils sont, si on essaie de faire en sorte qu’ils se ménagent un projet de vie au-delà de leur pratique sportive, je pense on limite en ce moment les risques de les voir consommer les substances dopantes. Parce qu’encore une fois, plus les produits sont efficace, et ils le sont, plus ils sont dangereux pour la santé.

Recueillis par François MENDY

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