LUTTE-BALLA GAYE II

Publié le par senesports.over-blog.com

Le lutteur pressé

Parmi les espoirs de la lutte, Balla Gaye 2, « le lion de Guédiawaye », est sans doute l’un des lutteurs les plus ambitieux. Sa rhétorique le démontre assez clairement tous les jours. Son principal objectif, mettre fin sous peu au long règne de Yékini, et être calife à la place du calife. Seulement, en pensant plus au titre de "roi des arènes" et à son détenteur, le fils de Double Less donne l’impression d’avoir remporté d’avance son prochain face-à-face contre Mohamed Ndao dit Tyson. Un choix qu’il risque de regretter amèrement à l’issue de leur choc prévu le 3 avril au stade Demba Diop.

BALLA-GAYE-II.jpg

On a, à plusieurs reprises, entendu Balla Gaye 2 dire face à un adversaire : « Billahi kii taxuma jog » et sur un ton frisant souvent l’arrogance et la prétention. Un discours de gagneur certes, mais qui est aussi assez révélateur des ambitions très élevées du fils de Double Less. En fait, le poulain de l’ancienne gloire Balla Gaye 1, n’a jamais caché ses intentions de devenir très rapidement le "roi des arènes". Des ambitions somme toute légitimes qui passent inévitablement par un futur choc contre l’actuel détenteur de cette prestigieuse distinction, Yakhya Diop dit Yékini. Une confrontation que certains, plus particulièrement son proche entourage, souhaitent voir se concrétiser dans les plus brefs délais, sans cependant tenir compte de l’évolution normale de sa carrière. D’ailleurs, la dernière personnalité du monde de la lutte à réclamer un face-à-face entre le "lion de Guédiawaye" et l’enfant de Bassoul n’est autre que Balla Gaye 1 qui est l’entraîneur même du fils de Double Less. Dans un journal de la place, l’ancien lutteur soutient qu’un combat entre son poulain et celui d’Amadou Katy Diop s’imposait et entrait tout à fait dans l’ordre normal des choses. Des propos qui semblent en partie justifiées.

En effet, le charisme, la popularité et les belles performances de Balla Gaye 2 font de lui un lutteur à même de faire face n’importe quel lutteur, fût-il Yakhya Diop. Mais si l’on prend en compte le parcours des deux hommes comme seul élément de comparaison, le plus objectif d’ailleurs, rien ne justifie une confrontation entre Yékini et le lutteur de Guédiawaye. L’actuel « roi des arènes » a presque fait 20 ans de carrière dans la lutte dont 14 en lutte avec frappe et a tout gagné, alors que le fils de Double Less - qui a effectivement du mérite - s’est seulement révélé au public à la faveur du premier championnat de lutte avec frappe (Claf), organisé par le promoteur de lutte Gaston Mbengue en 2006.

Même son choc en vue contre Mohamed Ndao dit Tyson, début avril, est considéré comme très prématuré par bon nombre d’acteurs de la lutte. Dans les faits, il n’y a aucune comparaison possible entre le palmarès du leader de la Génération Boul Faalé qui a complètement révolutionné l’arène pour avoir presque poussé tous les lutteurs de la génération à Manga 2 à la retraite et celui du "lion de Guédiawaye" qui en est presque à ses débuts. Mis à part Moustapha Guèye, le deuxième tigre de Fass au crépuscule d'une longue et riche carrière, et Balla Bèye 2, « le mbarodi de Pikine » qui, lui aussi, est très proche de la sortie, Balla Gaye 2 ne s’est pas frotté à beaucoup de ténors. Ce qui pourrait être un handicap de taille face au mentor de Eumeu Sène qui a eu l’expérience de croiser le fer avec presque toute la crème de l’arène, y compris Bombardier et Yékini, ses deux camarades VIP. Nombre d’observateurs estiment ainsi que sa victoire sur "l’Ouragan de Pikine" le 1er août dernier, au stade Demba Diop, bien qu’éclatante, ne saurait nullement être un baromètre pour faire de lui un potentiel adversaire de Tyson encore moins de Yékini.

Pour ces derniers, la logique voudrait que Balla Gaye 2 fasse d’abord le vide autour des lutteurs de sa génération dont certains sont aussi talentueux que lui. Gris Bordeaux, "le troisième tigre de Fass", Tapha Tine, le géant du Baol, Thieck de Pikine Mbollo, entre autres devaient être ces passages obligés avant de prétendre titiller le haut du sommet. Seulement en acceptant d’en découdre prématurément avec Tyson, Balla Gaye 2 a pris de gros risques. Les conséquences d’une éventuelle défaite contre le Cheikh de la Génération Boul Faalé pourraient s’avérer très désastreuses pour lui. Ce scénario catastrophe risquerait de compromettre sérieusement son ambition d’affronter sous peu la tête de file de l’écurie Ndakaru et de lui succéder au trône ; surtout que depuis sa dernière sortie contre Bombardier, Yékini annonce chaque jour sa prochaine retraite de l’arène.

En somme, un combat Balla Gaye 2 - Yékini dépend en grande partie d’un succès du fils de Double Less contre l’enfant de Ndangane à l’issue de leur corps à corps prochain. Au cas contraire, il redoublerait sa classe et dès lors il ne pourrait plus éviter de solder ses comptes avec les lutteurs de sa génération contre lesquels il n’a toujours pas lutté, à moins de donner une nouvelle chance à ceux qu’il a déjà battus. Une situation qui ne devrait cependant pas surprendre. En se focalisant plus sur le titre de "roi des arènes" et sur son détenteur Yékini, Balla Gaye 2 donne l’impression d’avoir gagné son prochain combat contre Tyson d’avance. Un choix qu’il risque de regretter amèrement au soir du 3 avril. Qui disait qu’un combat n'a jamais été gagné d’avance ?

Diégane SARR, Le Soleil des Sports

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article