32èmes championnats d’Afrique de judo

Publié le par senesports.over-blog.com

COMMENTAIRE

Les pêchés du Sénégal

C’est sur un goût d’inachevé que s’est clos les championnats d’Afrique de judo qui ont lieu dans la capitale sénégalaise du 14 au 17 avril dernier. Un goût d’inachevé parce que le Sénégal avait les moyens techniques et humains de faire mieux. Seulement, les conditions nécessaires pour réaliser une performance n’étaient pas réunies. L’équipe nationale ne s’est regroupée que six jours ! Pas plus. Avant ce regroupement, ils ne faisaient que des séances de 4 heures par semaines. Tout le contraire des autres Etats qui ont préparé le championnat depuis des mois, voire plus. D’ailleurs, le directeur technique national, Alassane Thioub, sans gants disait que « c’est insuffisant pour préparer une compétition internationale ». Et  l’entraîneur Fatou Sadio Aïdara de lui emboiter le pas en disant qu’« il ne faut pas s’attendre à des miracles ».

Mais les « Lions » n’étaient pas encore au bout de leurs peines. Le plus déplorable, c’est qu’au moment où les autres délégations déambuler fièrement avec les tuniques de leurs pays, nos représentants étaient confondus dans la foule, faute d’équipements. Ils étaient en jungle, jean, tee-shirts, pagnes, pantalons etc. Chacun portait ce qu’il voulait, alors que nous étions à moins de 24 heures du début de la compétition. Malgré tout, les tireurs clamaient haut et fort que «  nous avons le moral ». Mais il n’en était rien. Le moral était très bas. A preuve, ils attendaient avec impatience le ministre qui était annoncé à 18 heures pour les remettre le drapeau national. Malheureusement, il ne fera finalement pas le déplacement.

En faussant le rendez-vous, Faustin Diatta venait de porter un coup fatidique au moral des troupes, même s’ils se refusent d’être abattus par ce faux bond. Une chose est cependant sûre, la tutelle a raté l’occasion de se rattraper quand on sait qu’elle a été beaucoup critiquée dans la gestion de cette compétition.

Autre point sombre dans ces joutes, le non paiement des primes de stage avant le début de la compétition. De l’avis même de l’entraîneur national, Ousmane Badji, c’était « un moyen efficace de doper le moral des gosses face aux multiples manquements notés ». Là aussi, rien.

Mais le drame le plus tragique pour le Sénégal aurait été de voir les « Lions » expulsés de l’hôtel. Oui ! Les « Lions » ont failli être renvoyés de l’hôtel des Almadies pour n’avoir pas payé la caution. On sera finalement sauvé par le président de la Fédération, El Hadj Mamadou Moussa Dia qui va mettre son chèque de 20 millions de nos francs en garantie. Triste pour le Sénégal ! Et cette histoire, M. Dia n’est prêt à l’oublier de si tôt. Il rugit encore d’amertume. « Je suis certes le responsable du judo sénégalais, mais je ne peux pas me substituer à l’Etat », lance-t-il en dénonçant le pilotage à vue qui continue de régner en maître au Sénégal.

Quelles leçons tirer ?

Ces championnats d’Afrique doivent servir d’enseignements au Sénégal pour le futur. Si la Fédération a réussi le pari de l’organisation au point que le président de l’Union africaine de judo la félicite ; elle le doit à l’abnégation des membres du comité d’organisation. Pourtant, ce n’était pas évidant. En effet, pour la première fois dans l’histoire de cette compétition, on a franchie le seuil de 30 Etats (il y avait 32 nations. Les éditions précédentes tournaient autour de 15 à 17 pays). Raison de plus pour que les autorités étatiques mettent les moyens qu’il faut, surtout que nous sommes en année préolympique. Une compétition capitale pour tous les athlètes du monde.

D’où l’urgence pour les Fédérations, mais aussi la tutelle de tirer toutes les conséquences de ce qui s’est passé il y a quelques jours pour que cela ne se reproduisent plus. Le premier à réagir par rapport à ce point est le président Dia. Cela coule source. Et ce dès la fin de la compétition. « Je prends l’engagement aujourd’hui de dire que ce qui s’est passé, ne se reproduira plus jamais », a-t-il soutenu sous un ton solennel. « Nous ne pouvons aller en guerre contre le Ministère parce que nous sommes des partenaires. Mais à partir de ce jour, ajoute-t-il, nous ne compterons que sur nos propres moyens quand on organisera une compétition ». Ce qui sonne comme un aveu de désespoir face à la tutelle.

Mais au-delà de ces questions, les problèmes surgis lors de ces 32èmes championnats d’Afrique de judo posent avec acuité la part budget national accordé aux sports. Moins de 1%. Ce qui est très. D’ailleurs, le Comité national olympique et sportif sénégalais a décliné l’offre que lui avait fait le Ministère de l’aider dans l’arbitrage budgétaire, parce que le montant était dérisoire (il y avait 900 millions, mais il ne restait que 300 millions de Cfa) par rapport à la demande des Fédérations.

Si tout le monde s’accorde à dire que ce secteur n’est plus un « jeu », mais une vraie industrie, il reste par contre beaucoup de chose à faire. Il appartient au monde sportif de faire le lobbying pour que les décideurs mettent les moyens qu’il faut pour le décollage économique des sports qui ne nourri pas encore son homme sous nos cieux. Faute de quoi on connaîtra toujours de pareils faits.

Le succès de ce milieu sera à la gloire de tous les sportifs, principalement du Ministère. Nous savons que l’intérêt des politiques est que les choses marchent, mais que les moyens ne suivent. Cependant, il y a un minimum. Et c’est ce minimum qui n’a pas été fait au judo et qui frustre tous les sportifs. Il faut que l’on prenne la pleine mesure de ce que peuvent-nous rapporter des manifestations d’une telle envergure en termes de publicité et retombées économiques immédiates et futures.

François MENDY

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